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Saturday, September 23, 2023

Après de Stephen King

AVERTISSEMENT


Stephen King est un écrivain, un vrai qui dure depuis Carrie. Je l'admire pour Misery, Dome, Duma Key,  Bazaar, Brume etc. 

J'ai trouvé sleeping beauties dilué... M Mercedes un banal polar. 

Mais cette fois, je pense qu'on placera un contrat sur ma tête à l'issue de cette chronique peu flatteuse....

Tant pis je me lâche ; simplement si l'on pouvait m'enterrer dans la forêt de Mormal... 


Résumé avec  divulgâchage..

Jamie peut voir les morts, Un jour la copine de sa mère vient le chercher pour retrouver la dernière bombe laissé par un unabomber...


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Après est un roman qui démarre trèeeeeeeeeees lentement.

Déjà, le narrateur vous annonce qu'il va vous raconter une histoire donc hormis s'il parle depuis l'au-delà, vous savez qu'il va s'en tirer. Et là, ça plombe le suspens. Carrément. 

La mise en place prend environ 60 pages je dirai plutôt 80 , c'est à dire ce qu'on ne permettrait pas à un auteur débutant, (mais nous sommes avec King). La maman bosse dans l'édition (mais putain Stephen, renouvelle un peu quoi !), le gamin a d'abord vu un cycliste mort (oh la là, on se croirait dans 6eme sens)

Il y a de bonnes digressions sur la crise de 2008 aux USA, des remarques pertinentes qui font oublier la fadeur du propos. 

Après avoir côtoyé plusieurs morts, Jamie se retrouve embarqué dans la traque du fantôme d'un poseur de bombes qui vient de se suicider par la copine flic de sa mère (eh oui, on met une petite dose de couple saphique, même si elle n'apporte pas grand chose à l'histoire car ce n'est pas trop exploité et justement ça aurait pu être intéressant. On me dira la maman reste en retrait par rapport à son fiston... Mouais si vous voulez). Mais à l'issue de leur confrontation, le mort ne part pas comme les autres et hante Jamie.

King lorgne alors vers ça, vers sa conception du mal. Une lueur.

Puis là où on aurait pu avoir un esprit mauvais, retors  assaillant l'enfant, l'amenant dans les cauchemars, une ombre toujours menaçante, on obtiendra un fade rituel qui fait que le démon se retrouve soumis à l'enfant. 

Puis une tentative pour réveiller le roman qui est plutôt plan-plan...


Bon, vous avez pigé, je n'ai pas accroché. Parce que Après est un roman mineur où King ne se renouvelle pas, où il n'apporte rien de neuf à mon sens.

Il y avait matière à faire quelque chose de fort, à susciter davantage d'empathie pour le gosse, pour sa mère, pour la copine de sa mère... Mais là, ça tombe à plat.






Wednesday, August 02, 2023

Misery de Stephen King

Un auteur célèbre grâce à une série de romans à l'eau de rose et qui entend passer à autre chose.

Un accident de la route.

Une fan psychologique instable qui le séquestre et entend qu'il ressuscite son héroïne favorite. 

Voilà l'histoire de Misery.

***

Beaucoup d'entre vous ont vu le film qui est très bon.

Mais aujourd'hui, je vais tenter de vous parler de mon ressenti par rapport au roman.

Misery c'est une ode à l'écriture, une tentative d'analyse de cette activité masturbatoire et sans concession. En effet, l'auteur est comme ce héros grec qui aspire à l'éternité, mais pour ce faire doit faire des sacrifices. C'est surtout la manifestation de notre ego de créateur. 


C'est un artisan qui lutte contre lui-même. Chaque phrase, chaque développement de l'intrigue le renvoie à ce fameux "SAURAS-TU", nécessaire à la poursuite du livre. Et si un élement est mauvais, l'oeuvre l'est aussi. Il faut fignoler chaque mot, chaque développement, chaque sentiment. Et au fur et à mesure du roman, l'acte de sacrifice de Misery perpétré par Paul Sheldon devient un crime contre l'héroïne qui le fait vivre, mais dont il s'est servi de façon alimentaire

Annie, dans toute sa furie, sa folie, lui oppose une version de pureté de l'écriture. Pour elle, Misery vit, c'est sa raison de vivre, c'est ce qui l'aide à tenir. Elle est comme l'autre fan qui a écrit à Paul en lui présentant son musée dédié à Misery et qu'il a traité par le mépris. L'auteur a une responsabilité vis à vis de ses lecteurs. Il nourrit leur imaginaire, leur offre cette évasion qui empêche la vie d'être une confrontation aux autres. Et pour Annie, cette évasion, c'est Misery. Il est donc inconcevable qu'elle meure car sinon, elle-même n'a plus de raison de vivre. Elle ne peut pas appréhender l'idée selon laquelle son auteur préféré a envie de passer à autre chose. Il est la plume de Misery, rien de plus. 

Et malgré sa cruauté, malgré le déchainement de violence, elle offre à Paul une certaine rédemption. Elle va lui montrer ce qu'est l'écriture. Son essence. Sa quintessence ai-je envie de dire. 

Misery n'est plus un produit écrit à la chaine, d'ailleurs elle refuse la première version en laquelle lui-même ne croit pas. Une copie d'élève torchée, voilà ce qu'il a généré, produit. Paul en est vite conscient. Pas question de jouer les feuilletonnistes et de tromper les fans. 

Ecrire est sérieux, c'est enfanter. 

Ecrire, ce n'est pas produire, c'est mettre ses tripes, son âme dans les pages.

Et à mesure que les jours de captivité s'écoulent, malgré les tortures, Paul commence à aimer Misery. Non pas parce qu'il est comme une Shéhérazade tentant de sauver sa peau grâce aux mots, mais parce que Misery lui offre à son tour l'évasion d'un univers dément. Elle le confronte à lui-même, elle lui fait toucher ce côté quasi-divin de la création. Il se pose des questions, veut aller plus loin, ressent la fierté de donner la vie à un bon livre. Finaement Misery n'est pas qu'une série pourvu qu'il s'en donne la peine. Pourvu qu'il se dévoue à elle. 

D'ailleurs à la fin, à l'inverse du film qui n'a pas compris la thématique du roman ou n'a pas su la saisir car elle aurait effrayé le spectateur lambda qui n'ouvre jamais une page (oui je suis méchant, mais c'est important), il ne sacrifie pas le manuscrit né de sa captivité, de son passage au purgatoire.

Pour moi, Misery, c'est un roman qui traite de l"évolution du rapport de l'auteur à son oeuvre. La captivité de Paul est symbolique. Quel est le pourcentage de chance d'être pris en charge par une fan ? 

King aurait très bien utiliser un psychopathe désireux de s'approprier le livre de Paul, mais ça n'aurait pas marché. Annie, elle, veut le livre pour elle. 

Paul écrit d'abord pour Annie, puis il évolue et n'écrit que pour lui, trouvant dans cette activité une jouissance intellectuelle.  King entretient le mythe selon lequel l'auteur éccrit d'abord pour lui. Quelque part, c'est vrai, mais un auteur sans lecteur n'est rien. 


Un auteur est un démiurge et cela aucun romancier ne devrait l'oublier... 






Saturday, October 11, 2014

J'ai enfin lu "ça " de Stephen King et...

Je suis mitigé.

Stephen King, c'est le genre d'auteur que l'on ne trouvera jamais en France, quoi que l'on en dise.
Du fantastique, un style passant après la force de l'histoire, des romans très longs avec des pointes sociales sans tomber dans les travers français de la littérature bien pensante...
Bref tout ce qui n'intéresse pas la plupart des lecteurs qui lisent du fantastique sans le savoir, vendu en étiquette littérature (pardon Littérature).

Stephen King, Comicon.jpg
« Stephen King, Comicon » par "Pinguino" — "Pinguino's" flickr account. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons.


J'avais entendu beaucoup de bien du roman "ça", lequel se retrouve divisé en deux tomes en format poche français...
Roman initiatique, extraordinaire, etc...

Pourtant après l'avoir terminé, je ne peux qu'exprimer un sentiment mitigé.

L'histoire / A Derry, dans le Maine, tous les 27 ans, des faits endeuillent la ville. Meurtres d'enfant, tragédies... jusqu'au prochain cycle. En 85, Mike un bibliothécaire contacte ses anciens amis avec lesquels il formait le club des ratés... En 58 en effet, avec son club, il avait affronté, le clown, ça, incarnation du mal capable de prendre mille et une formes... Ils étaient sortis vainqueurs de cette confrontation, mais ça n'est pas mort semble-t-il...

Le roman démarre avec l'appel de Mike à ses anciens complices, comparses...
Structure répétitive, chapitre se finissant sur un mot qui ne termine pas une phrase laquelle se termine dans le chapitre suivant, King suscite une certaine sympathie pour ses ratés. Mais c'est long, très long cette mise en place.

Peu à peu, l'histoire se dévoile, les rencontres avec ça dont les enfants sortent triomphants, la bande, sa constitution, ses affrontements avec le crétin du coin Bowers.
Très vite, un doute survient, pourquoi ces enfants ont-ils vaincu ça quand des dizaines d'autres se sont fait zigouiller... ???? Quand la question devient trop criante, King nous introduit de façon implicite la notion d'élus avec l'apparition de la tortue, sorte de créatrice cosmique qui guide cette bande...
En fait, le roman perd de son intensité, je trouve, lorsque l'on découvre la nature de ça, la présence de la tortue. A trop vouloir en faire, King sacrifie à l'efficacité.
Puis il y a la scène dans le souterrain quand les six garçons couchent avec la seule fille du groupe pour retrouver leur chemin. Relation voulue par celle-ci, mais scène de trop à mon avis encore.

Au final, ça est un pavé avec un thème génial, l'union des gosses face à l'adversité, un instantané des années 50/60, une photographie de la société américaine qui refuse de voir le mal ancré en elle, mais et je reste sur cette idée, il y a dans ça des scories, une longueur excessive parfois, des scènes inutiles... Une volonté d'expliquer qui essaie de pallier à la faiblesse intrinsèque du roman, car à choisir des gosses comme héros, il arrive un moment où on se casse la g...
J'aime ce que fait King, ça n'est pas mauvais, loin de là. Il n'est pas au niveau exécrable d'insomnie, mais ce n'est pas Dome (pas la bouse télévisuelle, mais le bon roman)






Wednesday, July 02, 2014

Cellulaire de Stephen King

Stephen King est un des maîtres contemporains du fantastique.
Américain, cela va de soit, puisque les maîtres français sont encore à chercher du côté du lectorat de masse... On a des maîtres selon la critique, mais qui demeurent des génies incompris, précisons, et qui ne s'exportent pas rajoutons-le.
On pourra débattre sur le sujet pendant les vacances si vous le désirez :-)
Mais franchement, cherchez un King français et après on causera vraiment.

King nous a offert depuis les années 80 un paquet de sacrés romans adaptés en films, idem de nouvelles à vous glacer le sang.



J'avoue avoir acheté Cellulaire sur un coup de tête. Ayant lu de très mauvaises critiques, je m'attendais à une certaine déception.

Cellulaire débute comme l'un de ces films de zombies qui pullulent désormais. L'invasion est brutale, les meurtres sanglants, la civilisation se casse la figure et on s'attend à suivre un truc du genre la Nuit des Mort-Vivants, succédané de fort alamo face à la barbaque ou Walking dead -vous savez la serie où les héros vont d'un point A à un point B en perdant quelques persos en route...
Mais très vite, King transcende ce genre assez pauvre au final.
Si les zombies apparaissent très vite, le romancier en fait presque un élement secondaire de l'action et nous plonge dans le quotidien de survivants qui vont assister à la transformation de ces ennemis en créatures douées de télépathie, membres d'un troupeau dirigé par un mystérieux dépenaillé.
D'emblée on s'attache aux pas de Clay qui venait de signer le contrat de sa vie, un père de famille, qui se demande ce que son gosse est devenu... D'Alice l'adolescente perturbée par la mort de sa mère. de Tom, du directeur d'un établissement scolaire qu'ils vont rencontrer...

Il y a chez King une facilité à nous faire entrer dans la psyché humaine avec un style simple, direct... Quelques réflexions bien senties...


Cellulaire est vite addictif car il y a cette évolution marquantes chez les zombies (on se demande vers quoi les """contaminés vont évoluer.""", ces cas de conscience qui envahissent les héros confrontés à des troupeaux immobiles (Tuer, résister, passer son chemin)... Si King est un fervent opposant à la diffusion des armes aux states, ses héros en usent pourtant...

Prenant, capable de vous subjuguer, Cellulaire est un roman que l'on n'a pas envie de poser... Les retournements de situation vous tétanisant parfois.
N'hésitez pas. ce roman est une véritable référence.

Tuesday, June 11, 2013

Simetierre, Stephen King

Simetierre : définition d'un livre exceptionnel.

On oublie trop souvent qu'un livre réussi (à distinguer d'un livre à succès) est une rencontre entre un écrivain et son lecteur. Une communion d'âmes qui s'installe et rapproche deux êtres.
La connivence opères lorsque le thème développé par l'auteur est viscéral pour celui qui le reçoit.

Simetierre est de ces livres qui parviennent à prendre aux tripes, à susciter le malaise, l'empathie, la peur, à jouer sur le registre de l'émotion en nous confrontant à nous-mêmes.
Car Simetierre est outre un roman fantastique, une formidable oeuvre exacerbant notre rapport ambigu à la mort.
Moment tragique et d'égalité humaine, la mort est là, près de nous. Il suffit d'un rien pour qu'elle nous touche et bouleverse nos vies à jamais. On se souvient tous de la première mort qui nous a affecté, celle d'un proche, d'un animal.
Dans Simetierre, King va interroger ce rapport que nous entretenons avec cet instant T fatal et ce déni qui s'empare de nous lorsque survient cette tragédie.

Un bref résumé
La famille Creed s'installe dans une belle maison en bordure d'une route fréquentée par des camions...
Mais près de la maison se trouve un cimetière animalier alimenté par les enfants des alentours, et au delà de ce Simetierre, une terre où oeuvrent d'anciens Dieux capables de ramener à la vie ceux que l'on enterre dans leur domaine.
La mort du chat de la famille va être le déclencheur d'une tragédie pire encore.

Brève analyse d'auteur
Avant de lire le roman, j'avais vu le film et je pensais qu'il se suffisait à lui-même...
Mais là où l'image suggère, montre, impose des oeillères, les mots font naître la réflexion, la pensée...

Louis Creed, médecin, représente l'archétype du rêve américain, de l'homme qui s'est réalisé par lui-même. Après des études réussies grâce à une bourse (on reconnaît le côté """"social"""" de King qui a pas mal galéré dans sa jeunesse LIRE ECRITURE à ce propos), après avoir refusé la compromission avec un beau-père friqué, Louis obtient un poste à l'université, une véritable consécration.
Deux enfants, un garçon, une fille, une femme sensuelle et aimante, il est un homme comblé qui débute une nouvelle vie.
La rencontre avec son voisin Jud lui offre un père de substitution. Un ami.
Voilà donc posé le cadre.

Pourtant cette réussite presque insolente diront certains aigris va se trouver compromise par un événement anodin : la mort du chat de la famille Church.
Au risque de dévoiler une partie de l'intrigue, je dirais que King introduit le rapport à la mort par touches subtiles. D'abord un rêve prémonitoire, une rencontre avec un esprit qui le met en garde, le refus de Rachel la femme de Louis d'entendre parler de la mort à cause d'une tragédie l'ayant affectée dans son enfance... Et enfin l'acte guidé par le principe de précaution. On castre Church pour qu'il ne se fasse pas écraser, pour le protéger de lui-même, alors que dans sa précédente maison, on l'avait laissé en paix.
Las, la mort prend toujours. Et Church se retrouve tué alors que la famille de Louis est absente.

Aidé par Jud, poussé par ce "père", Louis va tomber dans le piège dressé par des puissances obscures. Il va découvrir un lieu étrange et magique, un lieu où il sent une présence...

King introduit ensuite l'idée que le retour des morts est fondamentalement mauvais. Outre l'odeur qu'il dégage, Church n'est plus que l'ombre de lui-même. Il suscite l'effroi, le dégoût viscéral. Louis, le gentil docteur, frappe l'animal, le tient à l'écart...
Il tolère la présence de la bête en essayant de reprendre une vie normale...

Il interroge sur le cimetière et découvre quelques uns de ses sombres secrets.

Après des moments heureux avec son fils, survient la tragédie (deux chapitres antagonistes d'une terrifiante efficacité), la mort de ce petit garçon que l'on avait aussi sauvé de la mort peu de temps auparavant, ce petit garçon dont on ne pouvait envisager la disparition... Il a la vie devant lui a-t-on envie de dire.

Lorsque survient la mort de Gage, King écrit avec une efficacité redoutable. On sent l'homme impliqué, concerné. Aucun effet littéraire, juste la facilité à mettre des mots sur la tragédie, la douleur de la perte... L'homme qui s'adresse à un lecteur qui a déjà vécu ce genre de drame. Les douleurs, les rancoeurs se réveillent car une mort révèle ce que les gens ont au fond d'eux.

Et même si les forces du bien tendent à empêcher Louis de commettre l'irréparable (le don de la fille de Louis, les révélations de Rachel), le Mal parvient à l'atteindre en l'incitant à ressusciter son enfant, même s'il envisage que celui-ci revienne mauvais. là encore, il va tenter de se protéger, mais la mort l'emporte toujours.
Ce n'est pas la bêtise qui t'a fait agir ainsi Louis, c'est l'excès de douleur.
Tel un Christ sur le point d'être exécuté, Louis va voler le corps de son fils enterré, souffrir dans son chair, accomplir son chemin de croix dans les marais... La rencontre avec diverses créatures évoque l'entrée dans les cercles infernaux...



Je n'irai pas plus loin dans mon récit car Simetierre, même si vous avez vu le film, est un livre qui mérite votre lecture. Un livre qui ne vous touchera pas de la même façon que vous ayez vingt ou trente ou quarante ans... Comme Duma Key dont je vous avais parlé, je commence à penser que certains livres nécessitent outre l'empathie, une certaine symbiose qui n'intervient qu'à des âges de maturité...

En conclusion, je dirai que Simetierre est de ces livres qui restent. Un livre qui vous invite à la réflexion, à l'introspection aussi. Bref pour moi, Simetierre est un chef d'oeuvre de la littérature fantastique contemporaine.


Tuesday, July 31, 2012

Duma Key de Stephen King

Stephen King est sans doute la figure contemporaine du fantastique. Depuis les succès de Carrie et de Shining

, l'auteur nous a offert des romans aux thèmes très différents, ainsi que des nouvelles marquantes. Sa production a été aussi marquée par quelques oeuvres en dessous des autres, mais King est un humain comme les autres... La perfection n'est pas de ce monde.

Il y a un avant et après l'accident chez King. L'accident, c'est cette voiture qui l'a percuté en 1999 et lui a valu des semaines d'hospitalisation. voir ici

Après cette convalescence, King a évolué dans ses thèmes et Duma Key fait incontestablement partie de ces livres portés par une réflexion d'homme mûr.

L'histoire : Edgar Fremantle était un self made man américain, entrepreneur, bosseur. Puis un accident sur un chantier l'a laissé infirme, amputé d'un bras.
Après un coma, Fremantle se réveille, la mémoire en vrac, les pensées confuses, mû par un agressivité qui fait foirer son mariage et l'incite à partir.
Il se retrouve alors en Floride, sur une île nommée Duma Key. Là, il va se découvrir un talent incroyable pour la peinture et surtout il va se rendre compte que l'art est un vecteur de puissance, a fortiori lorsque l'art est inspiré par des puissances maléfiques.

Sur la forme : Duma Key est un ouvrage qui se mérite, un ouvrage destiné à un public qui a fait un travail sur lui-même. Jeunes lecteurs évitez donc ce Stephen King car vous manquerez d'empathie pour Fremantle.
L'histoire est assez longue à se mettre en place, à basculer dans le fantastique. On suit un homme d'âge mûr dont le monde part soudain en vrille. Adieu femme, entreprise, raison de vivre, bienvenue dans la confusion des paroles... Pour un proche de la quarantaine tel que votre humble serviteur, ce bouquin frappe au coeur, invite à se poser une multitude de questions...

Puis vient la peinture et l'entrée progressive dans le monde plus fantastique d'un King assez inspiré. Lorsque Fremantle réalise ses premières toiles, on est là à l'observer, à l'envier, à espérer que ce talent lui permettra de dépasser sa condition...
Des apparitions, un paysage torturé comme dans le raccourci de Mme Todd, une vieille femme atteinte d'Alzheimer dont les crises de lucidité donnent le frisson... Un voisin déglingué par la vie, confident et ami à la fois... King donne corps à son univers.

Enfin nous entrons dans le dernier tiers du livre et là, on n'a plus envie de lâcher le roman. Car les évènements se précipitent à mesure que le mystère de Duma Key se dévoile. Spectres hostiles, bateau fantôme, créature infernale... Fremantle doit lutter pour sa survie et celle de ceux qu'il aime...

Tout au long de ce roman que j'ai trouvé formidable, King suscite l'empathie pour son personnage, le fait évoluer, le confronte aux doutes...
Outre cette histoire, il y a dans Duma Key, une réflexion sur la place de l'art, sur son pouvoir créateur.
Sur la quatrième de couv de l'édition poche, une critique Sabrina Champenois parle de série B, de Tarantino : elle n'a rien pigé au livre. Tarantino en met plein la vue il est l'ami des critiques, de l'esbrouffe, mais pas celui du spectateur. Son Pulp fiction est une grosse daube, aussitôt vu, aussitôt oublié.

King lui a choisi d'évoluer dans ses thèmes, de se poser en homme mûr désireux de faire un bilan. Par curiosité, je suis allé jeter un oeil sur les critiques amazon et j'ai vu cette scission dans son lectorat. entre ceux ayant trouvé ce roman long et les autres...
En conclusion, Duma Key est un très très bon roman pourvu que l'on ait déjà vécu et que l'on se pose des questions. C'est un travail d'orfèvre au niveau de l'écriture, de l'imbrication des chapitres et de la construction des personnages. Great Work, Mister Stephen King.

cETTE pHOTO EST l'oeuvre de Pinguino ; elle est sous licence creative common.