Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler de littérature pour les plus jeunes. Disons les primaires à partir du CE2.
Je vais donc vous présenter la série Fériel d'Eric Sanvoisin qui compte pour l'heure trois tomes
Fériel au pays du Noir, Fériel, les sans-têtes, Fériel Prisonnier du Noir.
Eric Sanvoisin est un auteur prolifique à qui l'on doit notamment la série des buveurs d'encre chez Nathan dans la collection Premiers roman.
Fériel, c'est l'histoire d'une petite fille qui a perdu son jumeau dans un accident. Elle le supporte très mal et un jour, elle se voit proposer l'opportunité de communiquer avec les morts. Par un concours de circonstances, elle parvient à aller au royaume du Noir, là où vivent les Morts, lesquels vivent selon des règles très strictes. Elle y retrouve Emile son frère, devenu squelette.
Sur la thématique / Eric Sanvoisin ose parler de la mort à des jeunes enfants. Fériel a perdu son frère, il rend cette mort plus proche qu'on ne le croit dans ces jeunes âges. Si l'éditeur a trouvé bon d'indiquer à partir de 7 ans sur la 4EME de couverture, je pense qu'il s'agit d'une erreur car la Mort est un sujet difficile à aborder, voire déconseillé parfois. J'aurais plutôt conseillé cette série à partir de 9 ans...
Toutefois, le sujet est relativement nouveau pour mériter qu'on s'y intéresse. Ce que l'on appréciera dans Fériel, c'est cette société parallèle à la nôtre, où les morts vivent selon des codes précis, encadrés...
On appréciera qu'Eric Sanvoisin use du premier chapitre pour resituer ses opus dans la saga comme il le faisait avec les Buveurs d'encre.
En tant qu'enseignant, je pense qu'il y a matière à explorer la société des morts.
La série Fériel bénéficie des magnifiques illustrations de Gaelle Duhazé, lesquelles sont en parfaite adéquation avec les thématiques. On pense un peu à Burton, à ses noces funèbres, mais Madame ou Mademoiselle Duhazé a sa touche personnelle qui rend l'ensemble unique. Le choix des couleurs peut-être.
chronique
Fériel au royaume du Noir : premier opus de la série, il pose les bases, nous présente les personnages.
Fériel rencontre une voyante (hm, hm), puis elle va au pays du noir, emmené par Vert de Gris, le passeur.
Hélas au royaume du Noir, les règles sont strictes.
L'intrigue emballe les enfants (je l'ai lu à des ce2 pas très lecteurs, mais ils étaient intéressés)
a la fin, ils attendaient la suite.
Fériel les sans tête
: dans ce second tome, Emile a disparu. Vert de Gris en avertit Feriel qui décide d'aller le secourir, quitte à encourir les foudres de la Mort.
Ce second tome permet de découvrir que le royaume du noir connaît aussi la délinquance, que les morts n'y sont pas forcément tranquilles, mais qu'il y a aussi des amis à se faire. Heureusement Fériel a de bonnes idées...
cE TOME est intéressant, un peu moins prenant à mon sens. Bon je sais que c'est de la littérature pour enfants, mais les méchants qui deviennent gentils et qui n'ont aucun prix à payer...
Fériel Prisonnier du Noir
: un excellent opus. Cette fois, Fériel voudrait célébrer son anniversaire avec son frère. Mais il y a cette fichue barrière entre les vivants et les morts. N'écoutant que son courage, guidée par Vert de Gris, elle tente de ramener Emile parmi les vivants. Encore une fois, les règles vont se rappeler à elle...
C'est un tome très prenant. Que de questions pour les suites !!!!
Au final, après le buveur d'encre, Eric Sanvoisin signe chez Nathan, une saga intéressante. Espérons que Fériel nous réjouira encore longtemps de ses aventures. Quant au buveur d'encre, on rêve d'un livre avec des livres numériques...
Des genres de l'imaginaire au policier, ne laissez pas la vilenie et la bassesse du monde vous contaminer, ouvrez votre esprit, votre âme.
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Tuesday, July 30, 2013
FOCUS SUR FERIEL DE ERIC SANVOISIN / EDITIONS NATHAN
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Tuesday, July 09, 2013
CREATURE DU MIROIR : UNE CHRONIQUE
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Tuesday, June 11, 2013
Simetierre, Stephen King
Simetierre : définition d'un livre exceptionnel.
On oublie trop souvent qu'un livre réussi (à distinguer d'un livre à succès) est une rencontre entre un écrivain et son lecteur. Une communion d'âmes qui s'installe et rapproche deux êtres.
La connivence opères lorsque le thème développé par l'auteur est viscéral pour celui qui le reçoit.
Simetierre est de ces livres qui parviennent à prendre aux tripes, à susciter le malaise, l'empathie, la peur, à jouer sur le registre de l'émotion en nous confrontant à nous-mêmes.
Car Simetierre est outre un roman fantastique, une formidable oeuvre exacerbant notre rapport ambigu à la mort.
Moment tragique et d'égalité humaine, la mort est là, près de nous. Il suffit d'un rien pour qu'elle nous touche et bouleverse nos vies à jamais. On se souvient tous de la première mort qui nous a affecté, celle d'un proche, d'un animal.
Dans Simetierre, King va interroger ce rapport que nous entretenons avec cet instant T fatal et ce déni qui s'empare de nous lorsque survient cette tragédie.
Un bref résumé
La famille Creed s'installe dans une belle maison en bordure d'une route fréquentée par des camions...
Mais près de la maison se trouve un cimetière animalier alimenté par les enfants des alentours, et au delà de ce Simetierre, une terre où oeuvrent d'anciens Dieux capables de ramener à la vie ceux que l'on enterre dans leur domaine.
La mort du chat de la famille va être le déclencheur d'une tragédie pire encore.
Brève analyse d'auteur
Avant de lire le roman, j'avais vu le film et je pensais qu'il se suffisait à lui-même...
Mais là où l'image suggère, montre, impose des oeillères, les mots font naître la réflexion, la pensée...
Louis Creed, médecin, représente l'archétype du rêve américain, de l'homme qui s'est réalisé par lui-même. Après des études réussies grâce à une bourse (on reconnaît le côté """"social"""" de King qui a pas mal galéré dans sa jeunesse LIRE ECRITURE à ce propos), après avoir refusé la compromission avec un beau-père friqué, Louis obtient un poste à l'université, une véritable consécration.
Deux enfants, un garçon, une fille, une femme sensuelle et aimante, il est un homme comblé qui débute une nouvelle vie.
La rencontre avec son voisin Jud lui offre un père de substitution. Un ami.
Voilà donc posé le cadre.
Pourtant cette réussite presque insolente diront certains aigris va se trouver compromise par un événement anodin : la mort du chat de la famille Church.
Au risque de dévoiler une partie de l'intrigue, je dirais que King introduit le rapport à la mort par touches subtiles. D'abord un rêve prémonitoire, une rencontre avec un esprit qui le met en garde, le refus de Rachel la femme de Louis d'entendre parler de la mort à cause d'une tragédie l'ayant affectée dans son enfance... Et enfin l'acte guidé par le principe de précaution. On castre Church pour qu'il ne se fasse pas écraser, pour le protéger de lui-même, alors que dans sa précédente maison, on l'avait laissé en paix.
Las, la mort prend toujours. Et Church se retrouve tué alors que la famille de Louis est absente.
Aidé par Jud, poussé par ce "père", Louis va tomber dans le piège dressé par des puissances obscures. Il va découvrir un lieu étrange et magique, un lieu où il sent une présence...
King introduit ensuite l'idée que le retour des morts est fondamentalement mauvais. Outre l'odeur qu'il dégage, Church n'est plus que l'ombre de lui-même. Il suscite l'effroi, le dégoût viscéral. Louis, le gentil docteur, frappe l'animal, le tient à l'écart...
Il tolère la présence de la bête en essayant de reprendre une vie normale...
Il interroge sur le cimetière et découvre quelques uns de ses sombres secrets.
Après des moments heureux avec son fils, survient la tragédie (deux chapitres antagonistes d'une terrifiante efficacité), la mort de ce petit garçon que l'on avait aussi sauvé de la mort peu de temps auparavant, ce petit garçon dont on ne pouvait envisager la disparition... Il a la vie devant lui a-t-on envie de dire.
Lorsque survient la mort de Gage, King écrit avec une efficacité redoutable. On sent l'homme impliqué, concerné. Aucun effet littéraire, juste la facilité à mettre des mots sur la tragédie, la douleur de la perte... L'homme qui s'adresse à un lecteur qui a déjà vécu ce genre de drame. Les douleurs, les rancoeurs se réveillent car une mort révèle ce que les gens ont au fond d'eux.
Et même si les forces du bien tendent à empêcher Louis de commettre l'irréparable (le don de la fille de Louis, les révélations de Rachel), le Mal parvient à l'atteindre en l'incitant à ressusciter son enfant, même s'il envisage que celui-ci revienne mauvais. là encore, il va tenter de se protéger, mais la mort l'emporte toujours.
Ce n'est pas la bêtise qui t'a fait agir ainsi Louis, c'est l'excès de douleur.
Tel un Christ sur le point d'être exécuté, Louis va voler le corps de son fils enterré, souffrir dans son chair, accomplir son chemin de croix dans les marais... La rencontre avec diverses créatures évoque l'entrée dans les cercles infernaux...
Je n'irai pas plus loin dans mon récit car Simetierre, même si vous avez vu le film, est un livre qui mérite votre lecture. Un livre qui ne vous touchera pas de la même façon que vous ayez vingt ou trente ou quarante ans... Comme Duma Key dont je vous avais parlé, je commence à penser que certains livres nécessitent outre l'empathie, une certaine symbiose qui n'intervient qu'à des âges de maturité...
En conclusion, je dirai que Simetierre est de ces livres qui restent. Un livre qui vous invite à la réflexion, à l'introspection aussi. Bref pour moi, Simetierre est un chef d'oeuvre de la littérature fantastique contemporaine.
On oublie trop souvent qu'un livre réussi (à distinguer d'un livre à succès) est une rencontre entre un écrivain et son lecteur. Une communion d'âmes qui s'installe et rapproche deux êtres.
La connivence opères lorsque le thème développé par l'auteur est viscéral pour celui qui le reçoit.
Simetierre est de ces livres qui parviennent à prendre aux tripes, à susciter le malaise, l'empathie, la peur, à jouer sur le registre de l'émotion en nous confrontant à nous-mêmes.
Car Simetierre est outre un roman fantastique, une formidable oeuvre exacerbant notre rapport ambigu à la mort.
Moment tragique et d'égalité humaine, la mort est là, près de nous. Il suffit d'un rien pour qu'elle nous touche et bouleverse nos vies à jamais. On se souvient tous de la première mort qui nous a affecté, celle d'un proche, d'un animal.
Dans Simetierre, King va interroger ce rapport que nous entretenons avec cet instant T fatal et ce déni qui s'empare de nous lorsque survient cette tragédie.
Un bref résumé
La famille Creed s'installe dans une belle maison en bordure d'une route fréquentée par des camions...
Mais près de la maison se trouve un cimetière animalier alimenté par les enfants des alentours, et au delà de ce Simetierre, une terre où oeuvrent d'anciens Dieux capables de ramener à la vie ceux que l'on enterre dans leur domaine.
La mort du chat de la famille va être le déclencheur d'une tragédie pire encore.
Brève analyse d'auteur
Avant de lire le roman, j'avais vu le film et je pensais qu'il se suffisait à lui-même...
Mais là où l'image suggère, montre, impose des oeillères, les mots font naître la réflexion, la pensée...
Louis Creed, médecin, représente l'archétype du rêve américain, de l'homme qui s'est réalisé par lui-même. Après des études réussies grâce à une bourse (on reconnaît le côté """"social"""" de King qui a pas mal galéré dans sa jeunesse LIRE ECRITURE à ce propos), après avoir refusé la compromission avec un beau-père friqué, Louis obtient un poste à l'université, une véritable consécration.
Deux enfants, un garçon, une fille, une femme sensuelle et aimante, il est un homme comblé qui débute une nouvelle vie.
La rencontre avec son voisin Jud lui offre un père de substitution. Un ami.
Voilà donc posé le cadre.
Pourtant cette réussite presque insolente diront certains aigris va se trouver compromise par un événement anodin : la mort du chat de la famille Church.
Au risque de dévoiler une partie de l'intrigue, je dirais que King introduit le rapport à la mort par touches subtiles. D'abord un rêve prémonitoire, une rencontre avec un esprit qui le met en garde, le refus de Rachel la femme de Louis d'entendre parler de la mort à cause d'une tragédie l'ayant affectée dans son enfance... Et enfin l'acte guidé par le principe de précaution. On castre Church pour qu'il ne se fasse pas écraser, pour le protéger de lui-même, alors que dans sa précédente maison, on l'avait laissé en paix.
Las, la mort prend toujours. Et Church se retrouve tué alors que la famille de Louis est absente.
Aidé par Jud, poussé par ce "père", Louis va tomber dans le piège dressé par des puissances obscures. Il va découvrir un lieu étrange et magique, un lieu où il sent une présence...
King introduit ensuite l'idée que le retour des morts est fondamentalement mauvais. Outre l'odeur qu'il dégage, Church n'est plus que l'ombre de lui-même. Il suscite l'effroi, le dégoût viscéral. Louis, le gentil docteur, frappe l'animal, le tient à l'écart...
Il tolère la présence de la bête en essayant de reprendre une vie normale...
Il interroge sur le cimetière et découvre quelques uns de ses sombres secrets.
Après des moments heureux avec son fils, survient la tragédie (deux chapitres antagonistes d'une terrifiante efficacité), la mort de ce petit garçon que l'on avait aussi sauvé de la mort peu de temps auparavant, ce petit garçon dont on ne pouvait envisager la disparition... Il a la vie devant lui a-t-on envie de dire.
Lorsque survient la mort de Gage, King écrit avec une efficacité redoutable. On sent l'homme impliqué, concerné. Aucun effet littéraire, juste la facilité à mettre des mots sur la tragédie, la douleur de la perte... L'homme qui s'adresse à un lecteur qui a déjà vécu ce genre de drame. Les douleurs, les rancoeurs se réveillent car une mort révèle ce que les gens ont au fond d'eux.
Et même si les forces du bien tendent à empêcher Louis de commettre l'irréparable (le don de la fille de Louis, les révélations de Rachel), le Mal parvient à l'atteindre en l'incitant à ressusciter son enfant, même s'il envisage que celui-ci revienne mauvais. là encore, il va tenter de se protéger, mais la mort l'emporte toujours.
Ce n'est pas la bêtise qui t'a fait agir ainsi Louis, c'est l'excès de douleur.
Tel un Christ sur le point d'être exécuté, Louis va voler le corps de son fils enterré, souffrir dans son chair, accomplir son chemin de croix dans les marais... La rencontre avec diverses créatures évoque l'entrée dans les cercles infernaux...
Je n'irai pas plus loin dans mon récit car Simetierre, même si vous avez vu le film, est un livre qui mérite votre lecture. Un livre qui ne vous touchera pas de la même façon que vous ayez vingt ou trente ou quarante ans... Comme Duma Key dont je vous avais parlé, je commence à penser que certains livres nécessitent outre l'empathie, une certaine symbiose qui n'intervient qu'à des âges de maturité...
En conclusion, je dirai que Simetierre est de ces livres qui restent. Un livre qui vous invite à la réflexion, à l'introspection aussi. Bref pour moi, Simetierre est un chef d'oeuvre de la littérature fantastique contemporaine.
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Saturday, April 07, 2012
LA VOISINE
Elle n'était pas méchante la voisine... C'était une vieille dame ordinaire qui ne demandait rien à personne, qui ne disait jamais un mot plus haut que l'autre. Elle ne s'attardait pas dehors, elle fermait sa porte. Elle n'était pas du genre à rouler sur l'or la voisine. Une fois ou deux par semaine, elle prenait sa vieille R5, le vieux modèle, le tout premier de chez Renault. Il m'est même arrivé une fois de sortir sa voiture du garage parce qu'elle avait un peu de mal à manoeuvrer, c'était il y a deux ans je crois. Faut dire que le 1er et le 16 de chaque mois, le stationnement dans la rue, c'est un peu n'importe quoi.
On se saluait quand on se voyait "bonjour, bonsoir," au mieux, un petit signe de la tête résumé d'une vie qui va très vite. Elle s'était occupée de sa maman et n'avait pas eu le temps de faire sa vie, la voisine... Elle n'avait pas vraiment de famille très proche, la voisine...
Et puis l'autre jour, j'ai dit à ma femme, c'est tout de même bizarre que les volets de la voisine ne bougent plus. Il faut que j'appelle...
Appeler qui ?
Les flics ?
J'avais peur de me faire rembarrer, le genre mec qui se fait un film. Bon sang, on n'habite pas une grande ville déshumanisée. Et puis déjà que les flics sont en sous effectif. Que la fois où je suis allé déposer plainte pour ma bagnole dégradée, ils m'ont dit que ce n'était pas une voiture qui m'avait accroché. Bref au niveau du contact, ce n'était pas gagné !
Du coup, j'ai joint la mairie, la responsable aux personnes âgées. Faut dire que j'avais sonné chez la voisine et que ça ne bougeait pas. Ensuite tout s'est passé très vite, une personne employée au service des personnes âgées est venue sonner chez la voisine. Elle m'a demandé si elle pouvait être partie, je lui ai dit que je n'en savais rien...
Après tout, je ne savais pas grand chose de la voisine.
Quand les flics sont arrivés, ils ont forcé la porte et ils l'ont trouvé dans son fauteuil la voisine. Morte depuis plusieurs jours...
Ces deux flics là m'ont dit qu'ils avaient déjà eu le cas quelques semaines auparavant dans une commune limitrophe. Ils m'ont aussi dit que ça arrivait, qu'on n'y pouvait rien.
C'était la voisine et jusqu'à sa mort, je ne savais pas comment elle s'appelait.
Elle est partie dans un sac mortuaire la voisine et maintenant, je vois sa maison aux volets toujours baissés... Et je me dis pour cette voisine là, combien d'autres, seules chez elles ? combien d'autres que l'on salue d'un signe de la tête et qui finiront ainsi ?
On se saluait quand on se voyait "bonjour, bonsoir," au mieux, un petit signe de la tête résumé d'une vie qui va très vite. Elle s'était occupée de sa maman et n'avait pas eu le temps de faire sa vie, la voisine... Elle n'avait pas vraiment de famille très proche, la voisine...
Et puis l'autre jour, j'ai dit à ma femme, c'est tout de même bizarre que les volets de la voisine ne bougent plus. Il faut que j'appelle...
Appeler qui ?
Les flics ?
J'avais peur de me faire rembarrer, le genre mec qui se fait un film. Bon sang, on n'habite pas une grande ville déshumanisée. Et puis déjà que les flics sont en sous effectif. Que la fois où je suis allé déposer plainte pour ma bagnole dégradée, ils m'ont dit que ce n'était pas une voiture qui m'avait accroché. Bref au niveau du contact, ce n'était pas gagné !
Du coup, j'ai joint la mairie, la responsable aux personnes âgées. Faut dire que j'avais sonné chez la voisine et que ça ne bougeait pas. Ensuite tout s'est passé très vite, une personne employée au service des personnes âgées est venue sonner chez la voisine. Elle m'a demandé si elle pouvait être partie, je lui ai dit que je n'en savais rien...
Après tout, je ne savais pas grand chose de la voisine.
Quand les flics sont arrivés, ils ont forcé la porte et ils l'ont trouvé dans son fauteuil la voisine. Morte depuis plusieurs jours...
Ces deux flics là m'ont dit qu'ils avaient déjà eu le cas quelques semaines auparavant dans une commune limitrophe. Ils m'ont aussi dit que ça arrivait, qu'on n'y pouvait rien.
C'était la voisine et jusqu'à sa mort, je ne savais pas comment elle s'appelait.
Elle est partie dans un sac mortuaire la voisine et maintenant, je vois sa maison aux volets toujours baissés... Et je me dis pour cette voisine là, combien d'autres, seules chez elles ? combien d'autres que l'on salue d'un signe de la tête et qui finiront ainsi ?
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