Tuesday, June 14, 2022

Les 9 jours du cafard, Jean-François Pré, editions Lajouanie

 



Lors d'une dispute, l'amant du président est mort.

L'hôtesse de ce visiteur estimable  décide de détourner les soupçons, elle convoque l'ex-commissaire Langsamer, enquêteur hors-pair et l'envoie résoudre un improbable défi....

Mais n'a-t-elle pas précipité la chute de son ami en agissant ainsi ? 


Deauville, l'univers des courses, des haras...

Un luxe, un décor feutré où les non-dits sont multiples. Où les histoires de sexe, d'argent et de pouvoir s'entremêlent, où il suffit d'un rien pour tisser et détisser une réputation.


Avec Langsamer, ne vous attendez pas à une course contre la montre, mais plutôt à un personnage digne de Columbo, cet enquêteur que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. C'est un enquêteur hors-pair, esprit acéré, amateur de bonne chaire. Langsamer sait observer, débusquer la moindre parcelle de vérité, il n'éveille pas la méfiance, mais repère les moindres failles de ses interlocuteurs et déduit. Dialogues vivifiants, personnages hauts en couleur forment le corpus d'une intrigue où l'on apprend beaucoup sur l'univers des chevaux, les ventes de yearlings, les petites magouilles. Et c'est un plus. C'est un roman dont on se délecte peu à peu, dont on savoure le style entraînant. Car Jean-François Pré (que je suivais le dimanche matin lors des courses hippiques), sait emmener son lecteur. 


Assurément un vrai plaisir, une réussite. 


Saturday, May 07, 2022

Dans les brumes de Capelans / Olivier Norek

Une île de l'Atlantique battue par les vents, le brouillard et la neige. Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense. Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles. Une jeune femme qu'il y garde enfermée. Et le monstre qui les traque. Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l'aveugle. //////////////////////////////////////

 J'avais eu l'insigne honneur de recevoir les épreuves non corrigées du dernier Olivier Norek. Mais à quoi bon sortir une chronique dans la foule des chroniques du 7/04 ? Olivier Norek n'a pas besoin des quelques lignes du blogajesskaan pour être reconnu, admiré. Il a fait ses preuves avec ses précédents ouvrages que j'ai quasiment tous lu sauf IMPACT. En plus, on trouve son livre partout... 

💀
 Alors je me suis dit, essayons de parler de la thématique norekienne. Parce que cet ouvrage, à l'instar de Surface, est un roman qui interpelle au-delà de son côté thriller.... 


 Commençons par le début. Même si je suis pris la tête avec un abruti sur Facebook sur la nécessité ou non de lire la trilogie 93 pour mieux appréhender DANS LES BRUMES..., je réitère ici mes propos : lisez la trilogie avant !!! 

Punaise, Olivier Norek n'a pas don né vie à Victor Coste pour que vous arriviez comme un cheveu sur la soupe au milieu de son oeuvre en disant "whahhh trop bien !!" 

 Victor Coste c'est un flic du 9/3 avec son vécu, une histoire lourde, une vie intense entre trafic de drogue, réglements de compte, criminels endurcis par notre système qui part en couille (oops désolé) entre des puissants toujours plus puissants, des pauvres qui n'ont que la pauvreté pour horizon, des salauds qui ont compris que le système ne les mettra jamais hors d'état de nuire, une équipe comme une famille, puis une tragédie comme celle qui peuvent traverser nos vies quand on ne s'y attend pas... C'est toujours ainsi... Je n'épilogue pas, mais ça c'est réaliste.

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 Victor Coste, c'est le mec qu'on pensait inébranlable et qui part quand il se sent coupable. Parce que la culpabilité c'est un fardeau trop lourd à porter... Parce qu'il ne faut pas se leurrer, y a que dans les films américains que les héros sont en acier trempé et qu"ils vont sortir une vanne à 2 balles avant le générique... En France, les flics se suicident souvent, ils connaissent la déconsidération parce que quelques brebis galeuses attirent l'attention. Victor Coste c'est un flic devenu solitaire à l'autre bout du monde, à Saint Pierre et Miquelon Une couverture la PAF, une réalité la protection des témoins, secret défense. 


 Pour moi, Coste, c'est une sorte de moine guerrier qui va s'isoler en quête de rédemption, avec une nature sauvage, une mentalité insulaire, un minimum de relations sociales : son voisin. Parce que mine de rien, on peut vouloir vivre en ermite, si on n'a pas la foi, on a besoin de quelqu'un. Et Coste trimballe du lourd. Là, je fais un parallèle avec l'héroïne de Surface condamnée à partir loin de ses attaches, une gueule cassée au propre et au figuré qui n'avait pour compagnie qu'un chien aussi éclopé qu'elle. 

Coste, lui, il est cassé à l'intérieur. 

 Il vit au jour le jour, accueille ces personnes protégées par notre système (le début tiré de l'actualité est juste passionnant) sans la moindre considération. Ce sont des missions basta. Et en plus ce sont des ordures ! 

 Puis arrive Anna qui a échappé à un prédateur pédophile insaisissable.. Elle est comme Coste, une gamine perturbée, frappée par la dureté de la vie. Elle a aussi ce lourd passif à trimballer et pourtant elle se montre séductrice envers le flic. Et même s'il lutte, il se sait au bord du gouffre. 


Une relation malsaine qui croit avec l'approche du prédateur et les brumes de Capelans, ce moment où l'île sera recouverte par cette épaisseur qui change les repères. On a l'impression de tomber dans le mystique avec la tentation qui vient ici pour défier notre flic, qui annhile le connu et donne l'impression de dire "Victor, qui es-tu ? " "jusqu'où iras-tu pour la défendre ?" et la brume participe à cette ambiance. l'île, son décor, sont comme Notre dame de Paris, des personnages à part entière du roman...

 Elle exacerbe les personnalités, les tensions, certains comportements. Cela Norek l'a compris... 

Il le montre sans en faire des tonnes. 

 Victor Coste et Anna sont des personnages hors normes, le prédateur également, mais pendant que la confrontation ultime se prépare, l'enquête avance en métropole et ce grâce à un autre enquêteur démoli lui aussi RUSSO. Alors au risque de choquer les quelques lecteurs qui liront cette chronique,ce mec complètement déglingué physiquement parlant par l'abandon volontaire comme un suicide au quotidien m'a ému. Et franchement, j'espère qu'on le retrouvera dans de prochaines aventures. 

Parce qu'il est bourré de faiblesses, mais au final, il a un tas de choses à vivre, à nous raconter. Il suscite l'empathie. 

 Voilà ma chronique qui va vous dire que Olivier Norek cherche à aller au-delà du thriller pur et dur. Je ne dis pas qu'il ira en littérature blanche un jour, mais ce serait possible... Dans les brumes... c'est comme Surface, la volonté de saisir des personnages, de nous raconter une histoire policière certes, mais aussi de parler de thématiqus comme la solitude, le bouleversement d'une vie... C'est un roman réussi.