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Wednesday, August 02, 2023

Misery de Stephen King

Un auteur célèbre grâce à une série de romans à l'eau de rose et qui entend passer à autre chose.

Un accident de la route.

Une fan psychologique instable qui le séquestre et entend qu'il ressuscite son héroïne favorite. 

Voilà l'histoire de Misery.

***

Beaucoup d'entre vous ont vu le film qui est très bon.

Mais aujourd'hui, je vais tenter de vous parler de mon ressenti par rapport au roman.

Misery c'est une ode à l'écriture, une tentative d'analyse de cette activité masturbatoire et sans concession. En effet, l'auteur est comme ce héros grec qui aspire à l'éternité, mais pour ce faire doit faire des sacrifices. C'est surtout la manifestation de notre ego de créateur. 


C'est un artisan qui lutte contre lui-même. Chaque phrase, chaque développement de l'intrigue le renvoie à ce fameux "SAURAS-TU", nécessaire à la poursuite du livre. Et si un élement est mauvais, l'oeuvre l'est aussi. Il faut fignoler chaque mot, chaque développement, chaque sentiment. Et au fur et à mesure du roman, l'acte de sacrifice de Misery perpétré par Paul Sheldon devient un crime contre l'héroïne qui le fait vivre, mais dont il s'est servi de façon alimentaire

Annie, dans toute sa furie, sa folie, lui oppose une version de pureté de l'écriture. Pour elle, Misery vit, c'est sa raison de vivre, c'est ce qui l'aide à tenir. Elle est comme l'autre fan qui a écrit à Paul en lui présentant son musée dédié à Misery et qu'il a traité par le mépris. L'auteur a une responsabilité vis à vis de ses lecteurs. Il nourrit leur imaginaire, leur offre cette évasion qui empêche la vie d'être une confrontation aux autres. Et pour Annie, cette évasion, c'est Misery. Il est donc inconcevable qu'elle meure car sinon, elle-même n'a plus de raison de vivre. Elle ne peut pas appréhender l'idée selon laquelle son auteur préféré a envie de passer à autre chose. Il est la plume de Misery, rien de plus. 

Et malgré sa cruauté, malgré le déchainement de violence, elle offre à Paul une certaine rédemption. Elle va lui montrer ce qu'est l'écriture. Son essence. Sa quintessence ai-je envie de dire. 

Misery n'est plus un produit écrit à la chaine, d'ailleurs elle refuse la première version en laquelle lui-même ne croit pas. Une copie d'élève torchée, voilà ce qu'il a généré, produit. Paul en est vite conscient. Pas question de jouer les feuilletonnistes et de tromper les fans. 

Ecrire est sérieux, c'est enfanter. 

Ecrire, ce n'est pas produire, c'est mettre ses tripes, son âme dans les pages.

Et à mesure que les jours de captivité s'écoulent, malgré les tortures, Paul commence à aimer Misery. Non pas parce qu'il est comme une Shéhérazade tentant de sauver sa peau grâce aux mots, mais parce que Misery lui offre à son tour l'évasion d'un univers dément. Elle le confronte à lui-même, elle lui fait toucher ce côté quasi-divin de la création. Il se pose des questions, veut aller plus loin, ressent la fierté de donner la vie à un bon livre. Finaement Misery n'est pas qu'une série pourvu qu'il s'en donne la peine. Pourvu qu'il se dévoue à elle. 

D'ailleurs à la fin, à l'inverse du film qui n'a pas compris la thématique du roman ou n'a pas su la saisir car elle aurait effrayé le spectateur lambda qui n'ouvre jamais une page (oui je suis méchant, mais c'est important), il ne sacrifie pas le manuscrit né de sa captivité, de son passage au purgatoire.

Pour moi, Misery, c'est un roman qui traite de l"évolution du rapport de l'auteur à son oeuvre. La captivité de Paul est symbolique. Quel est le pourcentage de chance d'être pris en charge par une fan ? 

King aurait très bien utiliser un psychopathe désireux de s'approprier le livre de Paul, mais ça n'aurait pas marché. Annie, elle, veut le livre pour elle. 

Paul écrit d'abord pour Annie, puis il évolue et n'écrit que pour lui, trouvant dans cette activité une jouissance intellectuelle.  King entretient le mythe selon lequel l'auteur éccrit d'abord pour lui. Quelque part, c'est vrai, mais un auteur sans lecteur n'est rien. 


Un auteur est un démiurge et cela aucun romancier ne devrait l'oublier... 






Tuesday, December 30, 2014

Je bilanise

31 DECEMBRE 2014 : le temps de revenir sur cette année littéraire...

Disons le d'emblée, 2014 a été une mauvaise année dans l'ensemble (ouah l'euphémisme)

Bien sûr, il y a eu des joies :

* Le Masterton tant convoité et gagné pour Créature du Miroir, éditions Les Lucioles.
* Un texte inédit placé aux States si tout va bien.
* Le financement participatif qui va permettre à Mythologica 4 de paraître avec ma nouvelle à bord. Merci aux contributeurs qui démontrent que c'est le public qui fait un livre avant tout.

Mais il y a le reste.

Après avoir donné beaucoup de temps en salon, en énergie, en prises de contact pour des dédicaces etc je me suis retrouvé - comme les autres de l'écurie - abandonné par mon éditeur LOKOMODO et j'ai repris mes droits sur les livres (droits d'en disposer je précise. Donc normalement les livres ne sont plus dispos en numérique, n'est-ce pas ???). Ceci concerne FISSURES ET CREATURE DU MIROIR.

Comme je m'y attendais, c'est difficile de se recaser en ces temps de surproduction littéraire et de crise de ce loisir, surtout quand vous n'êtes pas localisé en région parisienne. Et Internet ne résout pas tout.

Fissures va devenir Fissures Noires aux Editions le Héron d'argent, un recueil retravaillé avec des textes nouveaux, d'autres en moins, notamment Kenshiros Way.

Fissures Noires annonce une évolution.

Quant à Créature du Miroir, mon bébé, ma fierté, un jeunesse qui ne voulait pas lorgner sur la production actuelle en se basant dans une ville du Nord avec des enfants issus d'une famille brisée par les épreuves, il cherche toujours un éditeur avec les reins solides. Ach si Monsieur avait son réseau... Ce n'est pas fini : il est encore en soumission chez plusieurs d'entre eux, mais franchement si ça ne se fait pas, je cesserai de m'épuiser pour rien et on zappera la suite. Oui, l'idée d'une suite s'impose, sauf que sans horizon, je ne l'écrirai pas...

Cela m'amène à évoquer la suite, la mienne...

Depuis 1999, je sévis dans les genres de l'imaginaire (fantastique surtout, un peu de fantasy humoristique avec Eidonius, très peu de sf) et au fil du temps s'est installée une forme de lassitude. Des nouvelles en pagaille chez différents petits éditeurs, certaines reprises à l'étranger, trois romans, deux recueils de nouvelles. J'ai envie de passer à autre chose parce que la vie c'est aussi évoluer... Parce qu'en ce moment, je ne me sens pas en phase avec ce genre.
Et puis je pense que j'ai donné en dédicace, à aller au devant des lecteurs, à me prendre des râteaux, à gagner quelques lecteurs sympas qui me suivent depuis. Oui, j'ai fait ces petits salons de province généralistes que certains de mes collègues méprisent, oui j'ai ramené des bouquins dans des librairies quand elles me le demandaient pour s'épargner du boulot, oui je suis arrivé à une dédicace où le libraire n'avait pas commandé les livres et m'a engueulé comme du poisson pourri, parce que forcément je devais savoir qu'il ne travaillerait pas le livre par la suite. Oui, j'ai fait l'argument pour que les lecteurs potentiels essaient mes livres et franchement je ne regrette pas la plupart de ces moments, même s'ils ont été chronophages.

Et puis il y a le reste ce que vous pouvez deviner. S'en prendre dans la tronche par certains chroniqueurs, parfois de façon injustifiée. Bon c'est le jeu ma Pov Lucette... Tu mets tes écrits devant le public, faut accepter la critique, faut accepter aussi les querelles de clan dont tu deviens une victime collatérale...

Je n'ai peut-être pas fait de bons choix parfois en restant avec telle ou telle personne / éditeur, mais j'ai essayé autant que possible d'être juste avec ceux qui me donnaient ma chance et le clash est intervenu quand il le fallait. Salvateur.

Pourquoi cette envie d'évolution ?

Il y a eu le refus de mon techno-thriller cette année qui m'a miné davantage (je me voyais poursuivant en jeunesse), mais d'un autre côté, si certains se sont comportés comme de vrais mufles, il y a aussi du professionnalisme à saluer. Je remercie les Editions Bragelonne qui, si elles m'ont refusé ce techno-thriller, l'ont fait avec un très grand professionnalisme, des explications détaillées sur plusieurs pages, une cordialité enviable. Sincèrement, je ne regrette pas d'avoir attendu, même si le délai fut ce qu'il fut : plus d'un an et demi (je le précise pour les padawans wannabe). Mais au moins, j'ai été fixé.


Fissures Noires est une évolution, disais-je. En effet, on y trouve des textes 100 % fantastique, mais aussi des textes noirs, et c'est vers le policier que je bascule peu à peu... y COMPRIS EN LECTURE...

De quoi sera faite 2015 ?

Aucune idée.


2013 a vu trois bouquins dont le LABEL N, ma fierté, un roman dans la collection L'Embaumeur à l'atelier mosesu (allez le commander !!!), en 2014, je n'ai même pas mis mon site à jour.

On m'a commandé une nouvelle, je suis en train de la terminer.
Parce que si on m'invite sur des projets intéressants, je réponds.

Et il y a le reste, mais au vu de ce qui précède vous comprendrez que je ne préfère plus m'avancer...

Ah si, on va juste dire qu'il y aura un ebook l'an prochain, là où l'on ne m'attend pas. Mais ce sera un ebook.

Voilà, je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire, il fallait faire certaines précisions, vous expliquer certaines moeurs.

A présent, il est temps pour vous d'aller faire la fête, d'honorer vos proches, vos amis, peut-être de faire votre bonne action, de prendre vos bonnes résolutions.

A demain, l'année prochaine.

Jess