Sunday, October 01, 2017

Carrières Noires, Elena Piacentini

3 femmes de ménage nature qui rêvent d'acheter une maison pour leurs vieux jours.
Une sénatrice ignoble qui tient son monde au moyen de dossiers compromettants.
Des enfants disparus dans les carrières sous Lézennes.
Une ombre qui rôde...


Lorsque Pierre Arsène Leoni découvre le corps de Justine Maes, il est loin de se douter qu'il vient de mettre un doigt dans une enquête dangereuse.


Le polar est un art du réalisme, dépeindre les personnages, instiller leur caractère à coups de petites touches subtiles, c'est ce qui révèle un vrai auteur, son talent.
Et après avoir refermé ce Carrières Noires, je peux vous garantir qu'Elena Piacentini a du talent à revendre.
Son histoire se déroule dans la banlieue de Lille, mais personne n'oserait lui jeter à la figure que c'est uniquement un polar "régional", parce que ses protagonistes, si elles sont typiquement nordistes, représentent aussi des gens que l'on peut côtoyer, des gens que certains qualifieraient de rien (eh Manu, tu descends de ton piedestal ?), mais qui sont beaucoup. Marquées par la vie, par la famille, effectuant leur boulot pénible au jour le jour en attendant la retraite. Rêvant. De même, ses politiciens représentent une certaine conception des autorités. Carriéristes forcenés, ignobles, personnages pour lesquels l'homme est un loup pour l'homme. J'ai noté une réplique sur le coût des costumes d'un candidat à la présidentielle (et pourtant la première édition date de 2012), sur ses frasques sexuelles, preuve que certains se prennent pour le roi soleil. Quant à ses flics, ils ont leur part d'ombre, leur humanité mise à mal au gré des événements.
Son héros corse évoque un roc fissuré depuis la disparition de son épouse, vivant chez une grand-mère, personnage tutélaire, ombre pleine de sollicitude. Ce qui est marrant, c'est qu'à force, on n'a plus besoin de lire les traductions des phrases en corse car elles coulent de source.

Ca sonne juste. L'intrigue est prenante, avec des coups de théâtre, des enquêteurs se démenant. Des évidences qui n'en sont pas.
Non, ce n'est pas un thriller, mais un très bon policier, une peinture de notre société. UNE HISTOIRE QUI VOUS RESTERA LORSQUE VOUS L'aurez terminé.

D'autres aventures de Pierre Arsène Leoni ont vu le jour, je vais me faire un plaisir de les découvrir;

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Wednesday, August 30, 2017

Meurtres pour rédemption, Karine Giebel

Marianne de Gréville. 21 ans, condamnée à perpet' avec une peine de sûreté pour meurtres.
Une gamine qui a suivi le mauvais gars et que la société a condamnée.
Une meurtrière, une bombe à retardement,coincée entre quatre murs
Condamnée à s'imposer dans un milieu où la violence prévaut.
Violence des autres détenues, violence de l'institution.


Et s'il existait un moyen de sortir de ce milieu sans espoir ?


Marianne de Gréville : voilà un personnage que je n'oublierai pas.
Avec elle, on retrouve l'ambiance de Midnight express. La prison, l'univers carcéral où les plus forts s'imposent, où pour exister il faut s'imposer, quitte à tuer. Un univers avec ses codes, ses déviances.Où les uniques portes de sortie sont la drogue, les promenades...
Un univers qui broie aussi lorsque la punition tombe, le mitard, les fouilles au corps...

A la base, Marianne n'a rien d'une enfant de choeur (on la condamnerait volontiers si on était juré, tueuse de flics, de vieille personne), pourtant Karine Giebel sait faire naître notre compassion et notre empathie. Elle nous interroge aussi sur cette violence qui naît parfois, que notre société ne sait pas canaliser.

Car une fois entre quatre murs, quelle rédemption possible pour cette jeune femme violente ?
Terrifiante par certains aspects ?
Désireuse de vivre alors qu'elle a tué et que la société l'a condamnée à être exclue ?

Outre la relation aux détenues, la romancière nous montre l'institution pénitentiaire, gérant la surpopulation, oscillant entre gardiens tortionnaires et gardiens compatissants.. (certains diront qu'elle ne présente pas des gardiens ayant peur des représailles)
Ou gardiens tentant de contenir la bête, comme Daniel le surveillant chef qui profite de sa position pour obtenir de la détenue des faveurs sexuelles jusqu'à....

Et puis il y a l'autre aspect du roman : Marianne extirpée de son milieu pour exécuter des personnes.
Je n'en dis pas trop pour ne pas déflorer l'intrigue.
Là encore, après la prison, que peut devenir cette femme ?
Peut-elle recouvrer la normalité alors que ses valeurs ont été déformées, distordues par des rencontres ?

Meurtres pour rédemption est donc comme un opéra en plusieurs intrigues, un roman à tiroirs.

Chez Giebel, la plupart des mecs sont de beaux salauds...
Mais, il y a toujours un mais.
Une évolution se fait jour.
Ce roman m'a fait penser à un chemin de croix, à des stations que l'on franchit (comme les trains qui passent marquent ces moments), à une quête de quelque chose qui nous fait parfois défaut : l'humanité.
Car Marianne la criminelle va révéler cette humanité chez pas mal de ces personnages. Les faire évoluer, être en adéquation avec eux-mêmes, même si la rédemption n'est souvent qu'une étape avant la mort, comme si après avoir été tourmenté il fallait passer à une autre existence.
Comme si cette existence était le purgatoire où l'on doit se laver de ses fautes et le laisser aux pires engeances...

CE ROMAN EST UN CHEF D OEUVRE.
987 pages pour réfléchir, se poser des questions, dans un thriller.
Bravo.


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