Friday, December 29, 2017

LE CHUCHOTEUR / DONATO CARRISI

Un détenu mystérieux.
Cinq petites filles enlevées, six bras gauche retrouvés dans un simulacre de cimetière.

Voici les points de départ du roman le Chuchoteur. Je vous avais déjà parlé de Malefico, le roman de Donato Carrisi que j'avais beaucoup apprécié et lorsqu'on aime, on a envie d'y revenir.

Le Chuchoteur porte le style de son auteur, un mélange d'érudition savamment diluée au fil de l'intrigue et des descriptions qui vous immergent dans le décor et l'ambiance. Ses personnages fouillés, torturés dans cet opus, vous plongent dans une enquête glauque, où la course contre la montre pour retrouver la sixième victime devient le leitmotiv tandis que des cadavres sont retrouvés auprès de criminels différents, des criminels qui n'avaient jamais été inquiétés par la police.

Un jeu de piste macabre et bien mené dans un premier temps, parce que peu à peu, j'ai eu l'impression que l'auteur cherchait à multiplier les rebondissements. Je passe la première incohérence quand Mila revient dans l'ancien orphelinat, seule sans savoir que ses collègues surveillent les lieux (on a l'impression d'avoir basculé dans un slasher movie des années 80), les erreurs d'aiguillage du spécialiste ensuite qui n'interpellent personne.
Le summum est atteint lorsqu'on va recourir à une médium qui va s'immerger dans l'esprit d'un tueur plongé dans le coma. Là, je l'avoue j'ai poussé un énorme soupir ! Chez King, chez Masterton, ça passe, là non carrément. Une facilité scénaristique voilà ce à quoi nous avons affaire ici.
Et pourtant, il y a dans ce roman des scènes époustouflantes, celles dans la maison de cité qui m'a scotché, certaines révélations, la scène dans la prison...

Et à la fin ?
A la fin, on pense comprendre les motivations du tueur dont le profil est stupéfiant. Mais on devra certainement lire la suite pour en être convaincu. Distrayant, puissant, ce roman aurait pu être un chef d'oeuvre, mais à mon avis, certains passages auraient dû être revus.

En conclusion, un roman intéressant, mais qui me laisse un sentiment mitigé..

vous pourrez vous le procurerici

Sunday, October 29, 2017

ENTRE DEUX MONDES / OLIVIER NOREK

Adam est membre de l'ASL, une force d'opposition à Bachard El Assad...
Il doit fuir la Syrie avec sa famille.
Bastien Miller est un flic muté à Calais où il découvre la jungle.
Des milliers de kilomètres, et pourtant leur destin vont se croiser.


Lorsqu'Olivier Norek a annoncé qu'il voulait écrire un roman sur la jungle de Calais, j'ai craint le pire.
Idem quand sur sa biographie, il est écrit qu'il a oeuvré dans l'humanitaire.
En effet soyons clairs, Calais, ce n'est pas un sujet simple. Il y a autant de points de vue qui s'affrontent, de la détresse humaine d'un côté, une région qui voit ce passage de migrants( des aires d'autoroute fermées sur l'A26 de Arras jusqu'à la Côte, des citoyens excédés, d'autres accueillants.), des salopards qui s'engraissent, un état plus ou moins défaillant.


Passées les premières pages, je peux dire que Norek a su dissiper mes craintes.
Entre deux mondes est un roman efficace, sans concession.
Il va adopter une pluralité de points de vue bienvenus, SURTOUT EN CES TEMPS. Montrer que chaque homme, chaque femme de l'histoire est différent, un individu. Il va aussi nous montrer ces personnes qui fondent la jungle, humanitaires, groupuscules, passeurs, hommes à la dérive, êtres au passé trouble.

Moins violent que Michel Vigneron, mais sans concession néanmoins, Olivier Norek montre la violence endémique qui règne dans ce camp de fortune, les viols des mineurs, les menaces, la peur, les dérives dans le camp et dehors...

L'écriture est d'une fluidité absolue, ciselée, les chapitres s'enchaînent et on a envie de savoir si Adam apprendra la vérité, qui est Kilani ce petit garçon mutilé qu'il a sauvé des Afghans.
En même temps que Bastien, on perçoit que ce camp appartient à l'Histoire, qu'il modèlera la cité des bourgeois à jamais.
Comment rester insensible à ces histoires personnelles ? Mais aussi comment ne pas léser une population déjà fragile sur place ? Certains objecteront que les Calaisiens sont nantis, mais le sont-ils tant par rapport à nos élites ???????????
Lorsqu'on sait que le camp de Grande Synthe fut incendié par certains migrants, qu'à Norrent Fontes, une bagarre causa un mort à cause de passeurs, les faits révélés par Norek prennent un jour nouveau.

Et que dire du terrorisme qui se nourrit du terreau fertile de la misère, de la frustration, de la détresse psychologique ?

D'un autre côté on se dit que tous ces hommes, ces femmes rêvant de YOUKE, l'Angleterre, se leurrent. Sont leurrés. Par les passeurs, les médias... Mais ils s'avèrent les rouages d'une société déglinguée, de pays à la dérive...
Leur migration est une ultime tentative pour fuir un quotidien brisé, par la guerre, par une économie désastreuse.

Personnages sincères, intrigue prenante, roman à l'oeil acéré sur la réalité, alternant le passé simple (merci parce que ras le bol de lire des romans au présent) et le présent de narration, Olivier Norek offre avec ENTRE DEUX MONDES son roman le plus abouti, le plus socialement ancré. Un roman pétri d'humanité. BREF UN CHEF D OEUVRE.